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Permis de conduire
CURRICULUMEXTERNE Bien que les « grandes vacances » aient été plus longues à l’époque qu’aujourd’hui, je situe l’événement, mais sans certitude, à la fin d’août 1958 : une semaine environ avant la rentrée des classes j’entre probablement pour la première fois dans l’enceinte du « Petit Prytanée » (Mon père y a pourtant travaillé pendant trois ou quatre ans au milieu de la décennie) pour y recevoir mon paquetage et surtout apprendre la marche au pas et autres rites militaires. Nous sommes une centaine de gamins d’onze ans, onze ans et demi, quelques-uns de dix, à découvrir un environnement, un encadrement et des comportements dont je me rends bien compte qu’ils marquent un tournant dans ma vie encore courte ! Élève de « Cours Moyen deuxième année » à l’école de garçons de mon village, j’ai passé en mai ou juin le concours d’entrée au Prytanée, comme externe, après avoir subi pendant des mois la stimulation insistante d’un père ambitieux pour son aîné, et bénéficié de l’aide d’un maître fier à l’idée que l’un de ses élèves entre en sixième, chose peu fréquente dans les petites communes sarthoises (ou non !) des années cinquante. Au retour à la maison, le compte rendu que j’ai fait de l’épreuve a déclenché le pessimisme paternel habituel en pareilles circonstances! Mais début juillet papa revient un midi de son travail au « Grand Prytanée » avec la nouvelle officieuse : le commandant KUPFER, dont le fils Michel a passé le même concours, lui a annoncé le succès probable de leurs deux rejetons. Le pessimisme se transforme en immense fierté, confirmée quelques jours plus tard par la présence effective des deux noms sur la liste des reçus. En tant qu’employé civil, manœuvre, mon père se plaint parfois d’officiers lui donnant des ordres imbéciles (brûler dehors des feuilles par temps de pluie…) mais il a toujours mentionné le commandant KUPFER comme particulièrement humain, leur religiosité commune jouant un rôle dans ce jugement. Je ne découvre pas véritablement le Prytanée à la rentrée 1958 : à partir d’huit ou neuf ans, sans doute le jeudi, j’ai accompagné plusieurs fois mon père rue du Collège, et découvert des lieux qui m’ont laissé une forte impression, comme les salles des classes préparatoires avec leurs photos de bateaux de guerre (De Grasse, Suffren…) ou d’avions (Nord Atlas, Fouga Magister…), et des dortoirs gigantesques à l’odeur si particulière de savon noir, ce dernier appliqué justement par mon père sur leurs parquets grossiers pendant les vacances scolaires ; une autre tâche, plus fréquente, consiste pour lui à s’occuper du renouvellement de la literie, il lui arrive de me demander de déposer une taie de traversin sur chacun des lits alignés que je ne vois évidemment jamais que vides; j’essaie d’imaginer leurs occupants, bizarrement encore appelés « élèves » à vingt ans, passablement mystérieux parce qu’invisibles sur place d’une part, bien plus grands, bien plus riches, bien plus savants que moi d’autre part, et portant parfois même des noms célèbres ou à particule sur lesquels mon père attire mon attention. À la maison, le Prytanée est un sujet de conversation fréquent : j’entends parler de « bizutages » (« couilles » passées au cirage…), de personnages comme « Dix heures dix » (M. COSTA, directeur des études) (surnom dû à la manière dont il pose les pieds au sol en marchant), du colonel, important et lointain, d’autres « manus » comme PAILLARD, qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre, du copain « vaguemestre » LEMIALE, avec son cheval et sa charrette, que connaissent la plupart des Fléchois, d’un employé civil, DELKER, au statut supérieur à celui de manœuvre, inventeur, lui, d’un système permettant de visualiser les touches en escrime, de Mesdemoiselles DAOUFAR (orthographe incertaine), secrétaires, dont l’une a un fils « brution » (élève du Prytanée). Une catégorie de brutions bénéficie d’un statut particulier dans les récits paternels : les « polytechniciens » (élèves de « math. sup. » et « math.spé. » préparatoires à Polytechnique): ils ne feraient guère que des maths, seraient capables de suivre en Navale, Cyr ou Avia (classes préparatoires à l’École Navale, à Saint-Cyr Coëtquidan et à l’École de l’Air) tandis que l’inverse ne vaudrait pas, ils ne marcheraient pas bien au pas, à la différence des cyrards qui se moquent d’eux sur ce point… Et puis il y a l’argot du Prytanée : mon père se fait un plaisir de citer la phrase « Demain matin falzars sur les pages because pressing » qu’il a vue inscrite dans un dortoir ou dans une salle de classe, elle étonne sa femme et ses enfants locuteurs comme lui d’un français un peu patoisant. Devenu moi-même brution, je fais les efforts qui me semblent nécessaires pour m’exprimer en français standard. Mais l’accent régional et quelques expressions ou prononciations locales (« Il m’en EN veut » au lieu de « Il m’en veut », « a-ou » pour « août »…) attirent l’attention des camarades en provenance d’autres régions et d’autres milieux. En sixième, à quelques semaines d’intervalle, on aborde en latin un chapitre de vocabulaire comportant le nom « pecus, pecoris », le bétail, et en français une fable de La Fontaine dont l’héroïne, paysanne naïve, est appelée « la pécore ». Aux yeux des copains, mon surnom est tout trouvé ! Copains : en début d ‘année scolaire je me sens plus proche des trois autres externes, parmi lesquels je regrette l’absence, bien que je le connaisse à peine, de Michel KUPFER, qui a intégré une autre sixième. Plus tard, à mieux connaître les internes, j’en trouve certains très sympas, mais parallèlement je me rends compte qu’une facette importante de leur vie au « bahut » m’est étrangère. J’ai longtemps l’impression de ne pas retrouver avec eux le degré de familiarité que j’avais avec les copains d’école primaire, mais je suis aussi très heureux de découvrir à leur contact des milieux sociaux, des modes de vie, des centres d’intérêt, une ouverture sur le monde dont je n’avais guère idée ou dont je ne pouvais que rêver auparavant. Je m’initie avec curiosité à l’argot, mais j’ai là aussi le sentiment de l’assimiler moins vite que les internes, d’autant qu’il me semble légèrement différent de ce qu’en a dit mon père. Je finis par employer « cranter » (punir), « crassusser » (copier, « gratter »), « bader » (rater), « potasser » (apprendre ses leçons), « chiader » (bien faire, réussir) (uniquement intransitif, à l’inverse de son usage civil, où l’on chiade quelque chose), « sopo » (monotone, ennuyeux)… à bon escient, mais il me faut plus de temps pour placer en situation le « Hasard ! » si usité pour manifester envers un autre « gnass » (ou « gnass ba ») une légère critique moqueuse accompagnée de l’idée que l’événement critiquable, déjà survenu, ne pouvait que se reproduire. Je me fonds avec amusement dans la masse quand il s’agit de réagir à une situation ou à l’annonce d’un camarade, d’un prof ou d’un membre de la « schtrasse » par un « Pchhhh » d’approbation ou un « Bzzzz » de dénigrement. Un point m’étonne agréablement, après ce que j’ai entendu sur le niveau du Prytanée et l’infériorité du concours des externes : sur le plan scolaire mes résultats, hormis en musique, ne sont pas si faibles. Malgré le prof unique, je ne mets pas sur le même plan l’histoire, que je mémorise difficilement, et la géographie, où j’aime faire de belles cartes. Mais l’annonce, un peu tardive et détournée, d’une mauvaise note dans cette matière me vaut un soir une gifle paternelle ! Le prof d’allemand, M. GUILLEBERT, dont le fils externe dans une autre sixième intègrera la mienne comme interne pour quelques semaines, me fait un peu peur de par sa voix, la monture épaisse de ses lunettes, sa calvitie, sa rigueur, mais je devine de la bienveillance derrière la carapace et j’ai un a priori favorable envers la matière (qui me plaira également à l’expérience) pour y avoir été initié, modestement, par un père ancien prisonnier de guerre. Toutes les séances commencent (à la limite de l’authenticité linguistique !) par un impératif « Setzt euch ! » magistral auquel répond, accompagné des vingt-cinq gestes individuels correspondants, le « Wir setzen uns » collectif rituel. Les matières ressenties comme très novatrices par rapport au primaire sont plutôt le dessin (non pratiqué en tant que tel jusqu’alors), l’éducation physique (une séance ou deux à la fin du CM1 et du CM2, peut-être, l’instituteur n’ignorant pas combien les jeunes villageois vivent en plein air), la musique et les travaux manuels bois et fer. En dessin je suis admiratif de ce que le prof, M. CLÉMENSAC, est capable de réaliser à la craie au tableau, et la reproduction du Joueur de fifre de MANET, accrochée en haut de l’escalier qui mène à la salle spécialisée, se grave durablement en ma mémoire. Je m’habitue assez rapidement à l’horaire soutenu des cours ainsi qu’aux « études » de 17 à 19 heures 30, avec une coupure de cinq ou dix minutes vers 18 heures 30. Le surveillant y exige un silence quasi absolu dans la salle, mais reçoit individuellement à son bureau ceux qui ont besoin d’explications ou de renseignements. Vélo pour le parcours de quatre kilomètres entre le « Petit Prytanée » (« annexe Gallieni » ou « Gallieni » pour les adultes, le « p’tit ba » [petit bahut] pour les élèves) et le bourg de Clermont-Créans. Le soir, en début d’année scolaire, mon père m’attend à la sortie vers 19 heures 35 (j’ai davantage en mémoire les itinéraires de nuit) avec sa propre bicyclette et je le précède sur la nationale jusqu’à la maison. Plus tard il fait en sorte, en venant à ma rencontre, de me trouver sur la route après que j’ai parcouru quelques centaines de mètres. Deux événements extrascolaires futurs occupent les esprits au retour des vacances « de Pâques » : la communion solennelle, qui concerne la majorité des « miteux » de sixième, ainsi que la retraite de trois jours à l’abbaye de Melleray qui la précédera, et la « fête de trime » de fin d’année. Cinquante ans après je ne nous revois que de manière floue, probablement en mai, dans les jardins de l’abbaye, entre Nantes et Châteaubriant. La cérémonie religieuse à la chapelle St Louis du Grand Prytanée, sans doute en juin, est grandiose. J’ai dû assister à un ou deux offices auparavant dans l’édifice : j’ai été marqué par son architecture baroque et par l’urne dorée contenant le cœur d’Henri IV, elle-même en forme de cœur ; un chant a provoqué mon apitoiement à l’égard des camarades internes : « Du Prytanée entends l’humble prière, Tes grands enfants tu les vois à genoux, Nous n’avons pas près de nous notre mère, Veille sur nous, garde-nous, conduis-nous. » La fête de trime fait l’objet de conciliabules dans les jours qui la précèdent : il semblerait qu’une vague tradition veuille que les « miteux » y fument leur première cigarette ! J’ai un peu plus de douze ans, je me sens obligé de faire comme tout le monde et j’achète dans le plus grand secret un paquet (un demi paquet ?) de « Reyno menthol », marque recommandée par un copain : l’expérience n’est pas désagréable, le goût mentholé est vraiment destiné à rendre accros les néo-fumeurs. Je renouvellerai l’expérience aux fêtes de trime à venir et à quelques autres occasions, sans m’accoutumer par ailleurs à la cigarette pendant mes années au Prytanée. Le vélo comme moyen de locomotion et les études jusqu’à 19 heures 30 restent au programme de l’année scolaire suivante. Je passe de sixième « N3 » en cinquième « N3 », la lettre et le chiffre identiques sous-entendant une structure de classe (grossièrement) maintenue. Et mon frère Paul entre en sixième au « bahut » à son tour, si bien que nous roulons à trois le soir. Dans ma cinquième un externe est nouveau, qui devient un bon copain, tandis que deux des quatre anciens de la catégorie n’ont pas été repris, et nous faisons la connaissance de plusieurs internes scolarisés précédemment ailleurs. Le père du nouveau copain est adjudant, la famille GAST occupe une maison réservée aux sous-officiers, contiguë à l’enceinte de Gallieni, rue du Renard. J’y suis invité, mais j’habite trop loin, en tout cas pour cette année scolaire-là… Beaucoup de changements à la rentrée 1960 : la famille CHOPLIN a déménagé à La Flèche pendant les grandes vacances, Paul est passé en cinquième, mon autre frère, Claude, a été admis à son tour en sixième au « bahut », si bien que nous sommes trois gamins à nous y rendre, maintenant à pied la plupart du temps (un bon quart d’heure de marche). Mais je rentre seul le soir, l’étude se terminant à 20 heures pour mon niveau. Il m’arrive de passer le samedi après-midi chez le copain de la rue du Renard, mais je ne suis plus dans sa classe. Mon père a choisi de me faire étudier le russe en deuxième langue vivante étrangère, cause possible, avec la poursuite de l’apprentissage du latin, de mon passage en quatrième « N2 », où, en début d’année scolaire, je ne connais les deux tiers de l’effectif que de vue, et pas du tout les autres élèves. Mais je m’y sens bientôt relativement à l’aise, peut-être aussi à cause des nouveaux, « bizuts », auprès desquels, mon ancienneté aidant, je n’ai plus aucune raison d’éprouver le petit complexe que j’avais en sixième. Dans le domaine purement scolaire je fais de plus en plus le lien entre le travail et les résultats et il m’arrive de me dire que je prends une sorte de plaisir à m’instruire. Pour certaines matières je me situe dans le premier quart (allemand, dessin), pour d’autres dans la première moitié (latin, français), pour d’autres encore dans la moyenne du groupe (maths…); mon point faible reste la musique : nous sommes censés déchiffrer des partitions simples, qu’on nous fournit parfois à l’avance ; pour ne pas avoir zéro, j’apprends un jour quelques notes par cœur : « do, si, la, sol, la, sol, fa, mi, i (sic), ré, do, 2 (sic)» que je récite sans tout comprendre. Nous avons le même prof, M. GULLI, surnommé « la oua » (sa manière de prononcer « la voix ») depuis la sixième. Il n’est guère exigeant, mais ne peut vraisemblablement pas attribuer de meilleures notes à mes prestations ! Sans rapport avec la musique, c’est en quatrième que je passe une journée au « gnouf » (cellule d’isolement, cachot) : la raison de cette punition m’échappe aujourd’hui ; mais j’ai dû précédemment réviser avec un sous-officier la règle concernant la façon d’entrer dans le bureau du commandant et de se présenter à lui : « Élève CHOPLIN André, Nième compagnie, 4ème N2, à vos ordres, mon commandant ! » Il s’agit d’aller se faire réprimander de manière solennelle ! Comble de malheur : je bafouille quand je me lance dans la formule de présentation ! C’est aussi la classe où je deviens scout, dans le groupe du Prytanée, mais aujourd’hui, bien que le souvenir en soit agréable, ma mémoire refuse d’associer le moindre nom de camarade à l’activité et je ne suis même plus tout à fait certain de l’avoir continuée en troisième. Elle est alors l’objet de moqueries gentilles des autres élèves, pour qui nous sommes les « tututs », peut-être en référence au son de l’instrument qu’utilisent les chefs pour appeler les jeunes au rassemblement. Mon équipe (j’ai oublié le terme consacré) s’appelle « les écureuils ». Je découvre, en particulier en début de journée, un cérémonial spécifique avec une discipline proche de celle interne au bahut, mais plus conviviale. Lorsque le chef crie « Scouts toujours… » on termine sa phrase, encore plus fort : « Prêts !» J’entends parler de « B.A. », mais je ne mets guère la recommandation en pratique ! Une ou deux fois par mois on nous conduit dans la campagne sarthoise pour le week-end. Nous établissons un camp pour la nuit : il s’agit de couper du bois, de préparer un feu, d’y faire chauffer le dîner, d’apprendre à faire des noeuds, de monter la tente… Un dimanche matin je me réveille plus tôt que les autres avec une sensation de froid aux pieds : nus ils dépassent effectivement à l’extérieur de la toile et… il gèle ! Nous apprenons aussi l’alphabet morse et je trouve amusant l’échange de messages entre le coteau du Loir et la vallée, à l’aide d’un drap qu’on hisse sur un mât : on le maintient une seconde en haut pour les points (« ti »), trois secondes pour les traits (« ta ») : pas question à ce rythme de transmettre «Éclaireurs », le livre de Baden-Powell... Lors de je ne sais plus quelles vacances, en tout cas à la belle saison, nous passons une semaine à proximité immédiate de la Laïta, au sud de Quimperlé : il nous faut traverser une roselière et marcher dans la boue pour accéder au fleuve côtier, soumis aux marées, dans lequel nous nous baignons. En troisième la structure de l’ex-quatrième N2 est globalement maintenue. La préparation du BEPC (le « Beps ») mobilise les énergies, mais sans excès ; en fin d’année le nombre de recalés est sans doute très faible, à supposer même qu’il y en ait. En seconde et première (« rhéto », pour « rhétorique »), sont intégrés au groupe d’origine quelques redoublants (« carrés »). Changements scolaires nombreux en seconde: la musique et les travaux manuels disparaissent, mais apparaît une matière double qu’on nous dit importante : la « physique-chimie ». Et dès le premier trimestre la triste réalité est là : je trouve la physique difficile et je ne comprends rien en chimie ! Si bien que celle-ci devient vite une corvée pour moi... À moins que j’inverse cause et conséquence ! S’ajoutent à mon incompétence, pour ainsi dire innée, l’insuffisance, selon mon jugement de l’époque, des explications du prof, qui porte le surnom de « Badoï » du fait de sa réputation de rater ses expériences, et mon complexe d’infériorité grandissant à voir beaucoup de camarades progresser normalement dans la matière. Il nous arrive en réalité d’assister à des expériences réussies, mais le fait est que pour certaines autres le prof nous fait parfois aussi noter par écrit des valeurs non conformes à leur résultat, en nous expliquant que tel ou tel impondérable a contrarié la réaction attendue ! En tout cas il nous demande de plus en plus souvent d’ « équilibrer » des réactions chimiques formulées par écrit, mais je n’y arrive pas ! Allergie totale à l’atome, à l’ion, au cation, au proton, à la molécule, à la mole (un traumatisme !), au nombre d’Avogadro, qui resteront au stade de vocables exotiques dans ma cervelle plus littéraire. Petite consolation : quand nous abordons l’optique (programme de seconde ou de première ?) je revis, car je comprends le cours : j’obtiens la moyenne en physique, voire un peu plus, pendant la période correspondante, grâce aussi aux croquis qui accompagnent mes devoirs : miracle ! En troisième Claude-Bernard SEILLER (« Pilaf »), camarade interne nordiste, bizut en quatrième, et moi, sommes devenus copains, les matières à choix que nous partageons (allemand, russe, latin) y étant pour quelque chose ; en seconde sa famille m’invite pour des vacances à des dates aujourd’hui imprécises dans mon souvenir ; mais je n’ai pas oublié l’accueil chaleureux dans l’appartement dunkerquois, le chocolat « Côte d’or », les explications enthousiastes de Claude-Bernard sur la cité de Jean Bart, son carnaval, l’excursion en Belgique avec, du côté de La Panne (De Panne), la rencontre d’une Flamande regrettant que ses enfants connaissent mieux les chansons francophones à la mode que celles dans leur langue, nos discussions sur Jacques BREL et ADAMO : nous sommes alors d’accord sur les immenses qualités d’ « Amsterdam », Claude-Bernard me fait découvrir « Tombe la neige », qui vient de « sortir » en Belgique et me fait fondre, malgré son titre, quelques semaines avant son succès en France. À La Flèche c’est d’ailleurs la période où, nonobstant une interdiction réelle ou supposée, je fais des achats divers pour les camarades internes, dont quelques 45-tours comme « La plus belle pour aller danser » de Sylvie VARTAN dès sa sortie. Peut-être son acquéreur d’alors lira-t-il ces lignes ! Fournitures scolaires, petits accessoires à fixer aux calots (surtout attaches parisiennes, que nous qualifions de « points », une par côté du couvre-chef, si l’on peut dire ! pour chaque année passée au bahut), nourriture (crottes en chocolat qu’il faut appeler « boules crème » dans le magasin, jambon, pâté…) font partie des commandes que l’on passe aux externes connus pour les accepter, à moi en particulier ! La « schtrasse », me semble-t-il, n’est pas dupe de nos manigances, je dissimule tout de même soigneusement les marchandises dans mon cartable avant de passer au « poste (de police)», où j’essaie de ne pas attirer l’attention par une tenue non conforme : quand mes brodequins ne sont pas parfaitement propres, je prends soin avant d’entrer, stationnant sur un pied (ou même marchant à cloche-pied en cas de risque de retard), de les frotter à l’arrière de mes jambes de pantalon, que j’époussette elles-mêmes ensuite de la main ! En seconde et première je me sens bien intégré au groupe. Le fait d’être (pour la seconde) (ou, plus tard, d’avoir été) récompensé de mes efforts scolaires (au moins dans certaines matières !) par un grade, symbolique, y est pour quelque chose. Il me semble ne plus guère attirer l’attention par mon parler, mon surnom des petites classes a lentement disparu en troisième, sans originalité je deviens « Dédé ». Un dingue de rugby d’une autre « rhéto », Alain POURRAT, dit « Tarin », domicilié dans le Sud-Ouest, m’annonce qu’il a besoin de quelqu’un de costaud pour finir de constituer une équipe et qu’il m’y verrait bien « pilier gauche », j’accepte, bien que n’ayant jamais touché auparavant ce que je n’appellerai bientôt plus qu’une « couille de rodge ». Un gouffre entre mes performances, si l’on peut dire (elles consistent surtout à pousser fort en mêlée), et celles des copains originaires de régions rugbystiques ! Le bruit court en particulier que mon coéquipier CARRÈRE a un ou deux frères connus dans les milieux sportifs. Lors d’une séance d’entraînement mon bras au sol reçoit un coup de pied si violent et si douloureux que je suis transporté à la clinique de la Providence, où, toutefois, on ne décèle rien ! Mais l’activité nouvelle me plaît, nous jouons pour gagner et gagnons plus souvent que nous perdons, car « Tarin » se montre très pédagogue, les défaites ne sont toutefois pas mal vécues et l’adversaire n’est pas un ennemi. Les méridionaux nous initient à la coutume de la « troisième mi-temps », qui consiste surtout en chansons paillardes entonnées dans le bus qui nous ramène des matchs ! Champions d’académie (celle de Caen !) à la fin de l’année scolaire. Parmi les « carrés » que je découvre au début de ma « rhéto », figure le fils de M. CLÉMENSAC, le prof de dessin que nous n’avons jamais quitté depuis la sixième ; je suis fier comme Artaban lorsque j’obtiens de la part de son père de meilleures notes que lui, ce qui se produit parfois en dessin à proprement parler, jamais en peinture, autre rubrique de la matière. « Couillensac », le surnom du prof, est un peu plus qu’un simple jeu de mot de potache, il fait aussi allusion aux récits, qu’aime faire l’intéressé, de ses études universitaires (modèles nus, doigt d’un cadavre subtilisé en cours d’anatomie pour faire des blagues aux filles…) La fin de l’année scolaire approchant, nous avons deux soucis : le « probatoire » qui remplace la première partie du baccalauréat pour notre « millésime » (et pour lui seul, comme le montrera l’avenir), et le passage en classe supérieure au « grand ba ». Nous apprenons, peut-être dès le premier trimestre, et à mon grand soulagement, la décision de création d’une terminale « Sciences Expérimentales » qui mettra fin à la suprématie absolue des quatre « Mathématiques Élémentaires » (Math. Élem.) traditionnelles, où le quasi-monopole des maths m’inquiète. C’est donc la première « Sciences Ex. » de l’histoire du Prytanée qui m’accueille en septembre 1964. Bouleversements pour tous : cadre nouveau, groupe classe de structure entièrement renouvelée, pas de « carrés » (et pour cause !) profs inconnus, Plus de français, plus de deuxième langue étrangère, plus de dessin, découverte de la philosophie… Changements personnels : cours à proximité du lieu de travail de mon père, qui est devenu responsable de la bibliothèque des élèves environ trois ans auparavant, chemin de la maison au bahut bien abrégé (cinq minutes). Sur les trente-sept élèves que nous sommes, je n’en connais qu’une petite moitié. Pour la première fois je côtoie Michel KUPFER (externe) (« Bouboule »), Alain POURRAT et François LALLEMAND (« Trems ») (internes) (j’ai joué au rugby avec ces deux derniers). De ma « rhéto » ont suivi : Claude-Bernard SEILLER , Claude DUMAS-PILHOU (« CDP »), Jacques MOISON (« le Zon ») (passé rugbystique commun avec lui), Christophe TOURNEMINE (« Taille-crayon »), Alain ODDOU, Pierre JEANDEL, DUBOZE, Didier BRANQUET («Biquet »), Patrick GUILLEMAIN, MARTIAL (internes) ; je retrouve Bernard SAUBION (« Soda ») (interne) (passé rugbystique commun), Michel SEYS (interne), avec lesquels j’étais en sixième et cinquième N3, et Daniel GUILLEBERT (externe) que j’ai côtoyé quelques semaines en sixième. La plupart de ceux qui auparavant se connaissaient bien créent vite une ambiance de camaraderie sympathique, d’autres restent longtemps isolés (certains jusqu’à la fin de l’année scolaire), bien qu’il n’y ait, me semble-t-il, aucun rejet de la part de quiconque. Le malaise que je ressens parfois ne tient donc guère qu’à moi. Je provoque lâchement, mais non sans raison de mon point de vue d’alors, une fâcherie avec Claude-Bernard SEILLER, ma famille me la reproche. Alain POURRAT constitue une nouvelle équipe de rugby, mais je ne l’intègre pas, du fait aussi d’un léger malentendu entre lui et moi : n’ayant pas vraiment besoin de moi, il attend plutôt que je me manifeste, mais conscient de mes insuffisances j’hésite et je crains par ailleurs que l’activité soit trop prenante. Effectivement les cours sont lourds, mes résultats médiocres ou moyens, assez bons seulement en allemand. Je constate en particulier que la chimie, toujours ma bête noire en tant que telle, joue un rôle de plus en plus grand en sciences naturelles, où pourtant j’aime les explications du prof, jeune et moderne, sur les acides ribonucléique et désoxyribonucléique par exemple… ainsi que les dissections de grenouilles ou de souris, bien que je ne les réussisse guère. Évidemment les deux matières ont des coefficients importants au bac. Celui de la « philo » n’est pas négligeable : le prof, M. COROT, que nous appelons « le maître » avec une légère ironie moqueuse, parvient à nous intéresser à certains de ses thèmes par sa gentillesse, sa rigueur et son souci de mettre à notre portée des notions difficiles, mais notre attention n’est pas toujours irréprochable et nous sommes assez nombreux à trouver la matière ardue. Nous essayons d’obtenir de lui qu’il nous donne quelques pistes simples : à la question de l’un d’entre nous, il répond qu’en sciences sociales ne sont intellectuellement défendables que deux idéologies, le marxisme et le christianisme. Mes notes se situent entre neuf et douze. L’atmosphère des cours d’allemand est pesante, beaucoup de têtes sont baissées, nous sommes au plus quatre ou cinq, quelquefois seulement un ou deux, à réagir aux sollicitations du prof, les silences qui suivent parfois ses questions ou ses propositions me gênent. En février j’ajoute aux cours du bahut ceux, théoriques et pratiques, que je prends dans une auto-école, j’obtiens le permis en mai (en ville de la Flèche la rumeur veut que les examinateurs soient moins sévères avec les brutions). À mesure que l’année avance, je m’inquiète de mon avenir. Depuis bientôt sept ans tout un environnement, auquel je suis sensible, me suggère qu’il soit militaire : je peux demander la préparation à Saint-Cyr (évidemment dans l’hypothèse d’un succès au bac) ; l’importance de l’enjeu me fait d’abord repousser la décision, puis j’écarte l’option pour de multiples raisons : vocation (le mot est souvent employé par la hiérarchie militaire) insuffisante, vague souhait de subvenir à mes besoins, petite appréhension plus ou moins consciente d’une rupture avec mon milieu social, approbation mitigée de ma famille elle-même, crainte de la charge de travail, sentiment que la filière Sciences ex. est destinée à d’autres débouchés… comme la médecine ! Mais cette deuxième option ne tient pas la route, eu égard, sans aller chercher plus loin, à la médiocrité de mes résultats dans les matières scientifiques. Je termine l’année scolaire avec une sorte de mauvaise conscience, à l’idée de quitter un environnement humain et matériel qui m’a fortement marqué, et de l’inquiétude quant à mon orientation, pour laquelle je n’ai finalement pris aucune décision. Les épreuves du bac ont lieu au Prytanée : pour la première d’entre elles, mon père, sur le perron de « sa » bibliothèque, assiste à l’arrivée de tous les élèves de Terminale, en particulier de mes copains de Sciences ex., dont il connaît certains, mais je ne suis pas parmi eux. Il me voit traverser rapidement la cour un peu plus tard, je lui explique ma panne de réveil, j’entre dans la salle d’examen bon dernier, mais encore à temps. À la publication des résultats M. CLÉMENSAC est présent : je viens d’apprendre mon « succès » (relatif), il m’annonce que ma note de dessin est la meilleure de l’académie ! Deux nuances d’importance : c’est d’une part justement grâce au dessin (et au sport) que je franchis la barre fatidique (dix sur vingt) et nous sommes d’autre part une trentaine de candidats dans l’académie de Caen, dont le fils CLÉMENSAC, à obtenir dix-neuf sur vingt en dessin. Il se trouve que l’oiseau empaillé que nous devions reproduire au crayon, m’a bien plu, j’ai pourtant manqué d’un peu de temps pour en fignoler une petite partie. Pendant les dernières journées de cours mes camarades de Sciences ex. et moi nous sommes engagés à nous revoir à la fête de trime de 1970 : cette perspective, accompagnée contradictoirement de l’incertitude de tenir la promesse et de la tristesse à l’idée de voir les copains partir sur des routes que je ne connaîtrai pas, m’est agréable…
INSOLITECURRICULUM
REMARQUES ADMIRATION ÉVÉNEMENTSÉTAT CIVIL: André, Georges, Raymond CHOPLIN CURSUS SCOLAIRE, UNIVERSITAIRE ET PROFESSIONNEL: 1952-1953: Élève à l'école communale de filles de Clermont-Créans (route de Cuvy) (Sarthe) (Niveau dernière année de maternelle), institutrice Mme VRIGNAUD 1953-1956?: Élève à l'école communale de garçons de Clermont-Créans (route de Créans) (CP, CE1, CE2?), instituteurs: ? 1955?-1958: Élève à l'école communale de garçons de Clermont-Créans (CE2?, CM1, CM2), instituteur M. CHIQUAND 1958-1964: Élève au Prytanée Militaire de La Flèche (Sarthe), annexe Galliéni rue la Tour d'Auvergne (6e, 5e, 4e, 3e, 2e, 1ère) 1964-1965: Élève au Prytanée Militaire de La Flèche, Quartier Henri IV (rue du Collège) (Terminale Sciences expérimentales) Mai 1965: Permis de conduire 1965-1966: Étudiant à l'Université du Maine, Le Mans (Sarthe), route de Laval (Propédeutique lettres); Maître d'internat à la cité scolaire Bouchevreau, La Flèche 1966-1971: Étudiant à l'Université de Tours (Indre-et-Loire), cité Grammont (Licence et préparation au CAPES théorique d'allemand); Maître d'internat au lycée Racan, Château-du-Loir (Sarthe) 1971-1972: Professeur d'allemand (Maître Auxiliaire) au lycée Racan, Château-du-Loir 1972-1973: Soldat-professeur d'allemand à l'EMPT (École Militaire Préparatoire Technique) du Mans (Service militaire) 1973-1974: Professeur d'allemand (Adjoint d'Enseignement) au collège de Mayet (Sarthe); Étudiant à l'Université de Tours (Indre-et-Loire), cité Grammont (CAPES théorique d'allemand) 1974-1975: Stagiaire de CAPES pratique dans trois établissements scolaires du Mans 1975-1976: Professeur certifié d'allemand au collège d'Écommoy (Sarthe) 1976-2007: Professeur certifié d'allemand au collège La Bretonnière (devenu Collège Jean Monnet dans les années 80), (Vertou) (Loire-Atlantique) 1976-1977: Complément d'emploi du temps au lycée Guist'hau et à son annexe Sévigné, Nantes (Loire-Atlantique) (Enseignement de l'allemand) 1991-2007: Organisation d'un échange entre le Collège Jean Monnet et la Realschule de Bad Iburg (Basse-Saxe) 2002-2007: Cessation Progressive d'Activité (CPA) (Demi emploi du temps) 1er septembre 2007: Retraite Février 2008: Début d'une activité de don de voix à l'A.V.H. ( Association Valentin Haüy, au service des aveugles et des malvoyants), Comité de Nantes. Mai 2008: Début d'une activité de don de voix à la Bilbliothèque sonore de La Flèche (cf. LECTURE)
ACCUEIL DOMESTIQUE LECTURE